- 12 mars 2026
- Jérome Mallet
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Le lancement de l’École des Métiers Andros et mobilisation de l’AFEST
Dans les industries à forte intensité de savoir-faire, la compétence constitue un avantage concurrentiel à part entière. Les équipes RH et développement des compétences en sont souvent les premières conscientes : s’assurer que les collaborateurs sont capables de faire, en situation réelle, ce que l’organisation attend d’eux est au cœur de leur mission.
Chez Iccertis, cette conviction a forgé notre approche : nous mobilisons nos compétences et outils du Lean — cartographie des activités critiques, identification des situations à fort enjeu, logique de progression mesurable — au service de l’ingénierie pédagogique, pour ancrer les apprentissages là où la performance se construit : en situation de travail.
Le projet engagé avec Andros illustre cette démarche. Le groupe porte l’ambition de se doter d’un dispositif structuré et pérenne pour transmettre des savoir-faire techniques hautement spécialisés où les tensions de recrutement s’intensifient et où la qualité des parcours proposés contribue à l’attractivité de l’entreprise.
C’est à partir de ce diagnostic interne qu’Iccertis a été sollicité afin d’adosser l’AFEST à une démarche menée par l’École des Métiers Andros.
Capitaliser sur l’expertise interne : l’ambition de l’École des Métiers
Andros dispose d’experts métiers reconnus, de formations existantes et d’une culture technique solide. L’ambition de cette école est d’aller plus loin : rendre la transmission des savoir-faire plus lisible, plus structurée et reproductible dans toutes les filiales, pour garantir la continuité des compétences critiques et valoriser l’expertise de ceux qui les détiennent.
Dans les métiers à forte composante tacite — comme la maintenance industrielle — les savoir-faire les plus stratégiques s’apprennent largement sur le terrain.
La formation présentielle a toute sa place dans un dispositif multimodal, mais elle bute sur une limite bien documentée : le transfert des apprentissages en situation réelle ne va pas de soi sans répétition en contexte.
Ce constat partagé entre RH, opérationnels et direction a conduit à faire de la formation interne un investissement stratégique au service de la performance durable — et à choisir l’AFEST comme une des modalités pédagogiques de l’École des Métiers.
L’AFEST : une ingénierie au service de l’ancrage des compétences
L’Action de Formation En Situation de Travail (AFEST) est une modalité reconnue par le Code du travail (art. D. 6313-3-2). Elle repose sur une ingénierie précise : analyse de l’activité de travail, séquences de mise en situation progressives, phases réflexives itératives et évaluation des acquis. Loin de se réduire à un accompagnement informel au poste, elle produit des compétences observables, évaluables et traçables.
Pour l’École des Métiers Andros, ses apports sont déterminants :
▸ Un apprentissage ancré dans la réalité productive : le technicien se forme sur ses équipements réels, dans les configurations qu’il rencontrera en autonomie.
▸ La construction du raisonnement professionnel : l’expert interne partage non seulement ses gestes, mais la logique qui les sous-tend — c’est là que se joue la véritable montée en compétence.
▸ Un ancrage durable par la répétition et la réflexivité : l’alternance mise en situation / séquence réflexive produit un ancrage que la formation ponctuelle ne peut atteindre seule.
▸ Une cohérence multimodale : l’AFEST s’articule avec les prérequis théoriques existants pour créer un parcours de développement intégré et lisible.
Le rôle d’Iccertis : structurer et outiller
La mission d’Iccertis dans ce projet dépasse la conception de contenus pédagogiques. Elle vise à doter Andros d’une capacité formative propre, reproductible sur d’autres métiers et d’autres sites. La démarche d’accompagnement au changement s’est articulée en particulier sur :
– La gouvernance du dispositif : identification des rôles, positionnement des équipes RH comme architectes du dispositif, implication des managers de proximité dans la création des conditions d’apprentissage.
– L’accompagnement des formateurs internes : l’accompagnement d’un expert métier dans son rôle de formateur AFEST est un apprentissage à part entière, qui exige un changement de posture réel.
– L’ingénierie pédagogique elle-même : analyse du travail réel, identification des situations apprenantes, structuration des parcours selon une progression cohérente.
L’ensemble de l’ingénierie produite — référentiels, parcours, outils d’évaluation — a été conçu pour être réutilisé, adapté et dupliqué en interne. C’est la condition pour qu’une école des métiers existe véritablement et dans la durée.
Les indicateurs d’impact du projet (KPI)
Le projet est en cours de déploiement. Ce qui importe à ce stade, c’est l’identification des indicateurs qui prouveront que le dispositif fonctionne vraiment.
Pas les indicateurs de formation (nombre de stagiaires, taux de satisfaction), mais les indicateurs de performance opérationnelle que la formation est attendue d’impacter.
Trois signaux nous semblent déterminants :
- Réduire le temps de mise en autonomie sur les situations de diagnostic : combien de semaines sont nécessaires jusqu’à ce qu’un technicien soit déclaré autonome sur une panne non triviale ?
- Réduire la fréquence des escalades vers les cadres ou les seniors : indicateur direct de la qualité de la montée en compétence et du niveau réel d’autonomie acquis.
- Augmenter la disponibilité des experts : quand les seniors passent moins de temps à résoudre les pannes à la place des juniors, ils libèrent une capacité à valeur productive directe.
Ces trois indicateurs ne sont pas des indicateurs RH. Ce sont des indicateurs de performance industrielle auxquels la formation contribue. C’est cette articulation qui donne à l’École des Métiers sa crédibilité auprès des directions opérationnelles — et qui justifie l’investissement aux yeux d’une direction générale.
Ce que nous construisons chez Andros, c’est une forme d’indépendance compétence qui a une valeur stratégique réelle, associée au capital immatériel de l’entreprise.
Perspectives pour les décideurs RH et les DRH industriels
L’AFEST, quand elle est déployée en mode projet, ancre l’apprentissage là où la performance se construit et oblige à définir ce que « compétent » veut dire concrètement. Ce n’est pas un sujet pédagogique. C’est un sujet de direction.
